Sur la côte atlantique battue par les vents, Mogador (aujourd'hui Essaouira) fut fondée comme ville portuaire planifiée en 1764 par le sultan Sidi Mohammed ben Abdallah. Dès ses débuts, la ville fut bâtie autour du commerce avec l'Europe, et ses marchands juifs, les tujjar as-Sultan, les négociants du sultan lui-même, étaient au cœur de ce commerce. La communauté grandit jusqu'à devenir l'une des plus grandes et des plus influentes du Maroc, formant parfois une grande part de la ville entière.
Négociants et consuls, rabbins et artisans, imprimeurs et poètes : les Juifs de Mogador reliaient le Maroc à Londres, Marseille et Manchester, et donnèrent à la ville une vie juive de synagogues, d'écoles et de tribunaux dont les deux cimetières gardent encore la mémoire.
L'ancien cimetière, au bord de la mer
Le plus ancien des deux cimetières se dresse contre l'océan, séparé des vagues par un seul mur. Ses plus vieilles pierres datent de 1775, et il servit de cimetière principal de la ville jusque vers 1875. Quelque deux mille quatre cents stèles de pierre de mer brute s'y dressent. En son cœur se trouve le mausolée de Rabbi Haim Pinto ha-Gadol, la tombe la plus visitée de la ville, où les pèlerins viennent encore.
Un seul mur entre les tombes et l'océan.
Le nouveau cimetière, à partir de 1892
Comme la communauté ne cessait de croître, un nouveau cimetière fut fondé en 1892, juste en face de l'ancien. Il abrite la tombe d'un fils de Rabbi Haim Pinto et les sépultures des générations plus récentes de Mogador. Tel était le respect pour l'ancien terrain que l'écrivain Edmond Amran El Maleh, mort en 2010, demanda à y être enterré plutôt que dans le nouveau cimetière.
Une mémoire vivante
Les deux cimetières sont photographiés tombe par tombe, puis lus et indexés, afin que chaque nom et chaque famille de Mogador puissent être retrouvés par les descendants dispersés à travers le monde. Les saints de la ville, et avant tout la dynastie Pinto, ont leur propre page.